{"id":639,"date":"2023-05-05T08:31:38","date_gmt":"2023-05-05T08:31:38","guid":{"rendered":"https:\/\/lenlevementdessabines.fr\/?page_id=639"},"modified":"2024-01-26T13:56:38","modified_gmt":"2024-01-26T13:56:38","slug":"isaac-harari-2","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/lenlevementdessabines.fr\/index.php\/isaac-harari-2\/","title":{"rendered":"Isaac Harari"},"content":{"rendered":"\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p><strong>Aquarelles pour Isaac Harari<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>1.<\/p>\n\n\n\n<p>Si Harari a choisi l\u2019aquarelle plut\u00f4t que l&#8217;huile, c&#8217;est sans doute pour le moindre encombrement : peinture furtive, comme l&#8217;oeil, l&#8217;arm\u00e9e en campagne, le pillard venu du d\u00e9sert. Vieux routier de l&#8217;esquive, de l&#8217;ironie, Isaac Harari se d\u00e9fie de ce qui l&#8217;alourdirait, de toute tentation du sublime, du s\u00e9rieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Art pourtant rien moins qu&#8217;\u00e9vanescent : l\u2019aquarelle hararienne tient le mur, r\u00e9siste \u00e0 l&#8217;usure du regard. Un travail s&#8217;y poursuit, d&#8217;une halte \u00e0 l&#8217;autre, assez myst\u00e9rieux, et pour l&#8217;exp\u00e9rimentateur lui\u2011m\u00eame, o\u00f9 l&#8217;aquarelle est bien m\u00e9dium, au sens des peintres et des spirites&nbsp;: par elle (se) passent des \u00e9v\u00e9nements inou\u00efs, qui la transmuent : par quels raffinements, quels dosages t\u00e2tonnants \u00e0 la Palissy les surfaces se min\u00e9ralisent-elles, se faisant passage du temps, traces d&#8217;oiseaux absents, soudaines condensations et saturations ? Formes et mati\u00e8res ici ne sont jamais loin du chaos, du bouillonnement et de l&#8217;\u00e9clat.<\/p>\n\n\n\n<p>Inlassablement, c&#8217;est le m\u00eame paysage essentiel que peint Isaac Harari. On s&#8217;interroge sur cette r\u00e9p\u00e9tition, qui ne lasse pas. Est\u2011ce composition musicale, variation sur un th\u00e8me ? Il y a l\u00e0 davantage et plus profond qu&#8217;une virtuosit\u00e9 d\u00e9corative : comme si le peintre reprenait les choses au d\u00e9part, r\u00e9inventant, \u00e0 travers un illusoire ressassement, les \u00e9l\u00e9ments et assemblages premiers de son art&nbsp;; reposant \u00e0 neuf le pourquoi et le quoi : que trouvera\u2011t\u2011on, par hasard mais aussi par travail, \u00e0 toujours ainsi tamiser le courant ?<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9p\u00e9tition a son sens dans le paysage lui-m\u00eame, la n\u00e9gation de la nature. Le visible n&#8217;est qu&#8217;une carri\u00e8re \u00e0 casser, pour construire sa demeure propre : seules existent ici la ville, la maison. Habit\u00e9es : Harari n&#8217;aime pas plus les ruines que les d\u00e9serts ruraux. Nulle \u00ab&nbsp;nature morte&nbsp;\u00bb : l&#8217;arbre n&#8217;est admis que comme parent des hommes, entrelac\u00e9 aux angles, signe de pr\u00e9sence int\u00e9rieure ; toujours dans la trame des murs et des toits, jamais pour lui\u2011m\u00eame. L&#8217;amour des terrasses et des parois dit un amour de l&#8217;\u00e2me, d&#8217;une chaleur vitale.<\/p>\n\n\n\n<p>La vie ici se montre et se cache. Il y a du secret derri\u00e8re ces pans de muraille, comme dans ces cours de Vermeer o\u00f9 feignent de nous introduire, malgr\u00e9 l&#8217;opacit\u00e9 de la toile et du temps, des personnages trop ordinaires. Comme dans les architectures du Lorrain ou de de Sta\u00ebl : villes de l&#8217;aube, encore dormantes, ou lointaines terres promises. Mais le secret, ne serait\u2011il pas la ferveur m\u00eame de la r\u00e9p\u00e9tition par quoi l&#8217;origine se propage, par vibration, \u00e9manation ?<\/p>\n\n\n\n<p>Architecture, toujours. Dire que l&#8217;aquarelle <em>tient le mur<\/em> renvoie \u00e0 la fresque, sugg\u00e8re une monumentalit\u00e9 paradoxale qui dans la miniature demeure : m\u00e9ticulosit\u00e9 et patience, de scribe et calligraphe, solidit\u00e9 et \u00e9quilibre des masses. Il faut que cela tienne, s\u00fbrement, ces \u00e9l\u00e9vations parfois d&#8217;arches lourdes, de linteaux, d&#8217;escaliers qui vont o\u00f9 ? Pour porter qui ? Mouvement ascensionnel. Elan des fl\u00e8ches, du triple saut.<\/p>\n\n\n\n<p>Or l&#8217;\u00e9quilibre n&#8217;aurait de saveur (pour l&#8217;artiste lui\u2011m\u00eame, qu\u2019une longue pratique a rendu apte \u00e0 toujours retomber sur ses pieds) s&#8217;il ne niait la proximit\u00e9 d&#8217;une chute : catastrophe et totale d\u00e9molition qui sont ici partout \u00e0 l&#8217;oeuvre. Harari n&#8217;en finit pas de concasser et miner. Evoquera\u2011t\u2011on une parent\u00e9 avec le cubisme, avec Villon ? On ne sent gu\u00e8re de risque, chez ce dernier, que ne se recompose plus le monde une fois morcel\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Non pas tel quel mais autre. Jamais le peintre ne refait le visible tel quel et c&#8217;est pourquoi du blanc double les trac\u00e9s, comme par la craie du tailleur le drap \u00e0 couper. Finalement, la ville \u00e9croul\u00e9e ne se rel\u00e8ve pas, l&#8217;aquarelle se d\u00e9tache de l&#8217;\u00eatre, flotte librement, tapis volant, toile de cirque, soutenant des toits impond\u00e9rables. C&#8217;est le blanc, n\u00e9gateur de tout r\u00e9alisme, qui est la substance r\u00e9elle, secr\u00e8te, de tout cet univers. Villes et maisons ne sont que m\u00e9taphores de celle\u2011ci&nbsp;: villes leurres, toujours \u00e0 l&#8217;aube de l&#8217;\u00e9croulement, \u00e0 l&#8217;heure d&#8217;un \u00e9v\u00e9nement miracu\u00adleux, extr\u00eamement passager, qui signifierait leur propre effacement.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi chaque aquarelle vise\u2011t\u2011elle \u00e0 capter (\u00e0 cr\u00e9er) un instant, une figure de danse \u00e0 sa perfection la plus inesp\u00e9r\u00e9e&nbsp;; et d\u00e9j\u00e0 quelque chose est retomb\u00e9, d&#8217;une pointe \u00e0 vrai dire extr\u00eame, tout est \u00e0 reprendre, le m\u00eame \u00e9lan \u00e0 retrouver qui s&#8217;ignore lui\u2011m\u00eame. Peinture forc\u00e9ment r\u00e9p\u00e9titive, toujours \u00e0 chercher quelque chose qui \u00e9chappe, un mot sur la langue, un accord d\u00e9j\u00e0 trouv\u00e9 et toujours perdu, que le travail seul ne m\u00e9ritera pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Est\u2011ce accord musical, color\u00e9 ? Accord avec soi, avec le monde ? La couleur, comme le coeur, est hant\u00e9e par une intensit\u00e9. Un ton intime se cherche, cherche \u00e0 se rappeler. C&#8217;est une couleur fan\u00e9e, us\u00e9e, humanis\u00e9e, \u00e0 l&#8217;oppos\u00e9 de toute donn\u00e9e brute, naturelle. Mauves et bleus pr\u00e9cieux, terres de Sienne br\u00fbl\u00e9es, tout est rendu translucide par l&#8217;eau, lav\u00e9 d&#8217;une surmat\u00e9rialit\u00e9 ; port\u00e9 \u00e0 son juste rayonnement.<\/p>\n\n\n\n<p>Couleur d&#8217;ancienne civilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Paris, le 15 ao\u00fbt 1985<\/p>\n\n\n\n<p>                                                                       \u00b0  \u00b0<\/p>\n\n\n\n<p>2. <\/p>\n\n\n\n<p>Il y a, en ce domaine d\u2019esprit, du v\u00e9g\u00e9tal, du biologique, la construction \u00e0 la fois raisonn\u00e9e et organique d\u2019un renouvellement.<\/p>\n\n\n\n<p>Activit\u00e9 spirituelle, engageant une responsabilit\u00e9 \u2011 un monde inexplicablement suspendu au moindre trait, et pas seulement celui du tableau, mais \u00e0 travers le tableau. Comme si le moindre geste avait un effet quelque part, revenait et r\u00e9sonnait sur son auteur et sur sa sph\u00e8re, mettait en mouvement des choses pr\u00e8s ou loin d\u2019ici, o\u00f9 il importe qu&#8217;un \u00e9quilibre ici soit obtenu, agi ; et aussi, que cet \u00e9quilibre ne soit pas enti\u00e8rement l&#8217;effet d&#8217;un savoir et d&#8217;une habilet\u00e9, mais qu&#8217;il int\u00e8gre (lib\u00e8re) une nouveaut\u00e9, une d\u00e9couverte, de l\u2019inconnu..<\/p>\n\n\n\n<p>Chaque fois, un recommencement absolu, avec l&#8217;anxi\u00e9t\u00e9, peut\u2011\u00eatre, que rien ne se passe, ou quelque chose au contraire, cet \u00e9quilibre \u00e0 la fois et cet \u00e9tonnement.<\/p>\n\n\n\n<p>D&#8217;une ann\u00e9e \u00e0 l&#8217;autre, d&#8217;une s\u00e9rie \u00e0 l&#8217;autre, d&#8217;une aquarelle \u00e0 l&#8217;autre, un temps fertile, un accroissement continu\u00e9 de la main, ce que veut dire la main : l&#8217;oeil et les mat\u00e9riaux du monde coop\u00e9rant \u00e0 y introduire du neuf. Il y faut ce red\u00e9part \u00e0 z\u00e9ro, un z\u00e9ro ant\u00e9rieur m\u00eame \u00e0 l&#8217;enfance, <em>tabula rasa<\/em>, structures \u00e0 vide ouvertes sur un non\u2011\u00eatre. Les formes ne viennent qu&#8217;apr\u00e8s, dans la d\u00e9nomination filiale des <em>Fl\u00fbtes enchant\u00e9es<\/em> o\u00f9 l&#8217;artiste reconna\u00eet son amour de Mozart. J\u2019y trouve des cath\u00e9drales, des eaux\u2011fortes anciennes, les illustrations cruelles d\u2019un livre lu enfant. Le vrai est que tout est l\u00e0 de ce qu&#8217;a vu et peut-\u00eatre pas vu Harari, s\u00e9diment\u00e9 dans les taches injustifiables de la couleur : ant\u00e9rieurement \u00e0 toute parole. <em>Fl\u00fbtes enchant\u00e9es<\/em> comme les longs tuyaux de l&#8217;orgue mimant tous les sons de la voix humaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Faire le vide pour affronter quoi ? Dans les <em>Fl\u00fbtes enchant\u00e9es<\/em> il y a, chaque fois repris, un combat du clair et de l&#8217;obscur, un choc comme au bord du gu\u00e9 o\u00f9 la nuit fait plus qu&#8217;affleurer, se sature de traits. Chaque <em>Fl\u00fbte<\/em>,minute d&#8217;une griffure, d\u00e9signe ici ou l\u00e0 un centre n\u00e9vralgique, un noeud autour de quoi les \u00eatres s\u2019agglutinent et trouvent leur sens, giratoire, se ramasse, se concentre l&#8217;intensit\u00e9. Etrangement, seule la ma\u00eetrise de l&#8217;aquarelle permet de laisser passer cela, cette lutte ailleurs entre chien et loup.<\/p>\n\n\n\n<p>A l&#8217;inverse de l&#8217;Eden d\u2019<em>Eve<\/em> dont la lumi\u00e8re (faisant vibrer l&#8217;universelle harmonie) est une nouveaut\u00e9, une fra\u00eecheur absolues, puisque tout est \u00e0 peine cr\u00e9\u00e9, ou cr\u00e9\u00e9 \u00e0 tout moment, les caravans\u00e9rails d&#8217;Isaac Harari ont une antiquit\u00e9 sans m\u00e9moire, ant\u00e9rieure \u00e0 toute naissance, o\u00f9 rien non plus ne vieillit. De l\u00e0 que partent (passent) les fondateurs de villes.<\/p>\n\n\n\n<p>Paris, le 6 ao\u00fbt 1990<\/p>\n\n\n\n<p>\u00b0\u00b0<\/p>\n\n\n\n<p>3. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Isaac Harari : \u00e0 Venise, ou peut\u2011\u00eatre \u00e0 Our en Chald\u00e9e.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Depuis longtemps la peinture d&#8217;Isaac Harari m&#8217;accompagne. Une recherche ; une projection parall\u00e8le, perp\u00e9tuelle ; permanente comme un cin\u00e9ma de l&#8217;enfance.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ces aquarelles je suis chez moi. J&#8217;y reconnais un air ancien, ni languissant ni fun\u00e8bre, un charme secret ; une dominante color\u00e9e au musicale.<\/p>\n\n\n\n<p>J&#8217;ai toujours connu Isaac Harari. Il vient d&#8217;Alep, via Le Caire. Mais peut\u2011\u00eatre aussi du Caire via Alep. Egypte et Syrie. Nous nous sommes rencontr\u00e9s dans des si\u00e8cles pr\u00e9c\u00e9dents, plusieurs fois \u2011 dans quel souk, quel d\u00e9sert ? Et l\u00e0, de quelle Chald\u00e9e venus ?<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le d\u00e9sert se fondent les origines. C&#8217;est un creuset.<\/p>\n\n\n\n<p>Que repr\u00e9sente la peinture, pour un Juif si pr\u00e8s de l\u2019origine ? ant\u00e9rieur \u00e0 la diaspora, ant\u00e9rieur \u00e0 la coupure de Sfarad et d&#8217;Ashk\u00e9naz, \u00e0 l&#8217;occident, rest\u00e9 l\u00e0 ? Quelles origines plus anciennes convoque-t\u2011il \u00e0 la surface du tableau ? Comme un tourbillon, un gouffre plus ancien que l&#8217;homme, que la cr\u00e9ation elle\u2011m\u00eame. Un vertige.<\/p>\n\n\n\n<p>Le temps commun de la jud\u00e9it\u00e9, de son Histoire, mais de fa\u00e7on cryptique, toujours.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme la g\u00e9om\u00e9trie que volontairement il estompe. On est loin des lignes accus\u00e9es de ses aquarelles anciennes. Que les ar\u00eates du monde passent dans l&#8217;invisible, comme une structure arachn\u00e9enne, filigrane, chiffr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Une vue de Venise, quatre fois vari\u00e9e : une corniche, deux piliers, o\u00f9 se r\u00e9sume une ville parfaite.<\/p>\n\n\n\n<p>Le seul nom de Venise.<\/p>\n\n\n\n<p>(Venise, Amsterdam. Villes d&#8217;eau autant que de terre, suspendues dans l&#8217;entre deux. Villes accueillantes aux exil\u00e9s, instances de d\u00e9part.)<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;univoque r\u00e9el aussit\u00f4t effac\u00e9. Je lui dis en entrant : j&#8217;ai pens\u00e9 voir des tissus de synagogue pragoise. Ou un int\u00e9rieur de synagogue, avec armoire et rouleaux, grenades d&#8217;argent, <em>rimmonim<\/em>, coiffant les rouleaux de la Loi. D&#8217;autres y lisent une Pomp\u00e9i apocryphe.<\/p>\n\n\n\n<p>Espace ou surface, vide ou plein&nbsp;? L&#8217;ambigu\u00eft\u00e9 du vide et du plein, qui est dans le tableau, dit la cr\u00e9ation elle-m\u00eame, un travail toujours incertain de soi, peinture ou sculpture, o\u00f9 peindre est aussi gratter, graver, enlever \u2011 mettre et enlever.<\/p>\n\n\n\n<p>Parchemins palimpsestes, \u00e9criture p\u00e9rilleuse dont le scribe doit conserver en m\u00eame temps que d\u00e9truire, effacer sans s&#8217;effacer lui\u2011m\u00eame<\/p>\n\n\n\n<p>Parfois, oui, il se sent d\u00e9courag\u00e9, se voit tari, puis \u00e7a repart toujours, \u00e0 un moment ou \u00e0 un autre\u2026 La cr\u00e9ation comme respiration, l&#8217;expiration appelant l&#8217;inspiration, le plein le vide. Inspiration, aspirations, exsufflation.<\/p>\n\n\n\n<p>Contraction, pour que vide il y ait. Dans le vide, na\u00eet quelque chose, un monde. <em>Tsimtsum<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le p\u00e8re d&#8217;Isaac Harari \u00e9tait\u2011il cabaliste? Des choses paraissent qui s&#8217;\u00e9taient dites dans des g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes, se redisent, se compl\u00e8tent. Nulle rupture. Un chant, une \u00e9criture obstin\u00e9e. <em>Ostinato rigore<\/em>. Le tableau continue le Livre, inscrit et justifie le scribe.<\/p>\n\n\n\n<p>Une peinture vraiment profonde. Qu&#8217;est\u2011ce, en peinture, que la profondeur ? Une ouverture, une disponibilit\u00e9 infinie \u00e0 la lecture, \u00e0 l&#8217;identification, la mienne aussi bien.<\/p>\n\n\n\n<p>Ou peut\u2011\u00eatre, la capacit\u00e9 de toucher \u00e0 l&#8217;\u00e9vidence, \u00e0 l&#8217;unique au contraire. Un paysage de Corot, un enfant de Chardin qui joue au toton. Quelque chose d&#8217;irrempla\u00e7able. Une image a trouv\u00e9 sa place, son <em>tikkoun<\/em>, dans la repr\u00e9sentation.<\/p>\n\n\n\n<p>Toujours la cabale : un monde de beaut\u00e9 a vol\u00e9 en \u00e9clats un jour, \u00e0 r\u00e9parer, reconstituer comme un puzzle, comme les puzzles de Perec.<\/p>\n\n\n\n<p>Profondeur, au coeur et tout au fond de l&#8217;espace spirituel, du secret, du toujours l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Des choses viennent de l\u00e0\u2011bas, de l&#8217;origine, qui trouent et accompagnent la superposition des couches, des strates.<\/p>\n\n\n\n<p>Une image dans le tapis, quelque chose \u00e0 d\u00e9chiffrer, comme dans les images magiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le m\u00e9tro, les affiches coll\u00e9es les unes sur les autres, se d\u00e9collant par plaques irr\u00e9guli\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>D&#8217;o\u00f9 vient que l&#8217;imaginaire ait l\u2019air r\u00e9el ?<\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame que le bon peintre, fuyant et variant l&#8217;\u00e0\u2011plat, fait vibrer le mur color\u00e9, Isaac Harari donne aux siens la vibration du temps qui s&#8217;\u00e9coule.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n&#8217;est pas, m\u00eame s&#8217;il use, un temps destructeur. S\u2019il d\u00e9truit, ce ne sont que des ar\u00eates trop vives. Emousse les angles, varie \u00e0 l&#8217;infini, civilise. C&#8217;est le temps qui a fait Paris, Venise et Prague.<\/p>\n\n\n\n<p>Le temps de la nature reprenant le temple construit dans la jungle. Humanisant l&#8217;oeuvre contre l&#8217;homme lui-m\u00eame, estompant la violence originelle de la cr\u00e9ation, pierres qu&#8217;on brise, couleurs pures. Ce qui n&#8217;emp\u00eache la couleur hararienne d&#8217;\u00eatre vive, comme celle des Byzantins. Une vivacit\u00e9 de vieille ville ensoleill\u00e9e. Lumi\u00e8re sur Our.<\/p>\n\n\n\n<p>Eloge du temps qui enl\u00e8ve et redonne, dans la succession des g\u00e9n\u00e9rations. C&#8217;est pourquoi Harari estompe et gratte inlassablement, sans crainte de crever le papier. Une imitation du temps cr\u00e9ateur.<\/p>\n\n\n\n<p>Tel peut\u2011\u00eatre l&#8217;enjeu.<\/p>\n\n\n\n<p>Paris, le 10 juillet 1996<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aquarelles pour Isaac Harari 1. Si Harari a choisi l\u2019aquarelle plut\u00f4t que l&#8217;huile, c&#8217;est sans doute pour le moindre encombrement : peinture furtive, comme l&#8217;oeil, l&#8217;arm\u00e9e en campagne, le pillard venu du d\u00e9sert. Vieux routier de l&#8217;esquive, de l&#8217;ironie, Isaac Harari se d\u00e9fie de ce qui l&#8217;alourdirait, de toute tentation du sublime, du s\u00e9rieux. 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